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EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


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    Jean-Marie G. Le Clézio - Ourania

    Jean-Marie G. Le Clézio - Ourania

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    Ourania

    Références de l'ouvrage

    LE CLÉZIO, Jean-Marie Gustave
    Ourania, Gallimard, Paris, 2006, 295 pages (dont 8 pages d’annexe).

    L’auteur

    J.-M. G. Le Clézio naît à Nice en 1940, d’un père anglais et d’une mère française. Il débute sa carrière universitaire en Angleterre (il obtient un poste de lecteur à Bath en 1959) et obtient ses premières distinctions en tant qu’écrivain, avec le prix Renaudot en 1963 pour Le Procès-verbal. Il part accomplir son service militaire en 1967 au titre de la coopération, d’abord en Thaïlande, puis au Mexique, où il découvre les cultures amérindiennes. Ce séjour mexicain est pour lui une expérience fondatrice, qui donnera lieu à plusieurs essais : Haï, (1972), Mydriase (1973), Trois villes saintes (1980), Le Rêve mexicain (1989), la biographie de Diego et Frida (1992). Entre 1970 et 1974, il partage la vie des Indiens Embéras et Waunanas dans la forêt du Darien panaméen. Ourania porte l’empreinte de cette décisive expérience mexicaine.
    Il reçoit en 2008 le prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre. Dans son discours de réception, il souligne le paradoxe de l’écrivain : « Voyez l'arbre aux épines hérissées au sein de la forêt qu'habite l'écrivain : cet homme, cette femme occupés à écrire, à inventer leurs songes, ne sont-ils pas les membres d'une très heureuse et réduite happy few ? ». Son engagement en faveur de la liberté des peuples et de la protection de la planète témoigne pourtant de l’emprise de l’écrivain sur le monde qu’il habite.

    Résumé

    Le roman est bâti sur un récit à la première personne, celui de Daniel Sillitoe, jeune docteur en géographie français parti en voyage d’étude dans l’ouest mexicain. Il travaille dans l’université fondée par Thomas Moises, l’Emporio, et rencontre les chercheurs qui habitent non loin de là, en communauté, sur la « colline des anthropologues ». Au cours de son séjour, Daniel fait la connaissance de plusieurs personnages singuliers qui vivent dans des milieux repliés sur eux-mêmes. Il se lie d’abord à un adolescent du nom de Raphaël Zacharie, qui lui parle de son expérience à Campos, un village en autarcie guidé par son « Conseiller » et fondateur appelé Jadi. Dans cette microsociété, les enfants ne sont pas soumis à l’autorité des adultes, l’école n’existe pas en tant qu’institution, car à Campos, il n’y a ni travail, ni loisir. On y parle une langue hybride, « elmen », issue des langues originelles de chacun,
    En s’installant en ville, Daniel noue aussi une relation avec Dalhia, une jeune femme instable et dépressive avec laquelle il entame une relation amoureuse chaotique et discontinue. Daniel parvient également à approcher Lili, victime d’un proxénète nommé le Terrible, qui contrôle la « Zone », un haut-lieu de la prostitution locale.
    Mais les équilibres et rapports de forces se modifient, chaque milieu subit une perturbation en profondeur : Lili disparaît de la Zone et réussit à passer la frontière vers les États-Unis, le Terrible est finalement arrêté par la police, Don Thomas est victime d’un « coup d’Etat » au sein du monde universitaire et perd son influence à l’Emporio, enfin le village de Campos doit disparaître et ses habitants partir en exil, chassés par presse calomnieuse. Le dernier tiers du roman suit tour à tour la trajectoire de tous les personnages partis chercher un autre destin .
    Dans le dernier chapitre, après une ellipse de 25 ans, Daniel revient sur les lieux de son premier voyage. Il y retrouve Dalhia, qui accueille les enfants orphelins. Malgré le constat de l’omniprésence de la misère et de la violence sociales de par le monde, Daniel et Dalhia sont encore pleins d’espoir, remplis du souvenir de l’utopie d’Ourania, selon le mot inventé par Daniel dans son enfance, pour désigner ce lieu où l’harmonie entre les êtres existe.

    La présence de la question environnementale dans le texte

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    L’écologie est prépondérante dans ce roman, non seulement parce que le narrateur géographe est particulièrement sensible aux équilibres environnementaux et cherche à transmettre ses convictions à la population locale, mais aussi et surtout parce que le roman décrit un espace de l’extrême (une zone volcanique de terres chaudes) au sein duquel vivent des communautés humaines qui forment autant de milieux sociaux en cohabitation.

    Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    Le cadre géographique dans lequel se déroule l’histoire est réel, même si l’auteur y a placé plusieurs lieux inventés. La spécificité des terres volcaniques de cette région est une donnée scientifique réelle, ce qui induit une fertilité des sols propice au développement de grandes exploitations agricoles, comme il y est fait allusion avec la culture massive des fraises, qui sont ensuite transformées dans des usines sur place. Le discours de Daniel auprès de la population locale vise également à la rendre sensible à la protection de ce sol précieux mais victime à la fois de l’urbanisation et l’industrialisation massive, mais encore de l’agriculture intensive : « Protégez votre peau, mesdames et messieurs, respectez-la, aérez-la, drainez-la, interdisez l’usage des engrais excessifs, construisez des réservoirs pour l’abreuver, des talus pour la consolider, plantez des arbres aux racines profondes, interdisez de construire et de goudronner, détournez les eaux noires vers des bassins de décantation. » (p.81-82)

    Le texte et/ou les images font-ils apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    Daniel Sillitoe est un géographe spécialiste de pédologie, et sa pensée est clairement écologiste. Pour autant, il n’est pas présenté comme un activiste ou un militant particulièrement virulent, il se situe plutôt dans un rôle d’observateur. C’est pourquoi il n’est pas possible de vraiment parler de figure typique de l’écologie.

    Citations

    Daniel fait une conférence publique sur la géographie de la Vallée :

    « Je ne parlais plus d’humus, de potasse, de nitrate, ni même de qui faisait que la terre de cette Vallée produisait deux récoltes par an, ni de l’argent que les propriétaires en retiraient, les trésors géologiques qui se transformaient dans leurs comptes en banque.

    Je parlais de la naissance de leur pays, des volcans qui avaient vomi leur lave et leur cendre, ces volcans pareils à des dieux, le Nevado de Colima, le Tancitaro, le Patamban, le Xanoato Jucatzio, qui avaient recouvert de leur sang les vallées et les plaines jusqu’à l’océan, les calderas, les plutons, les cônes de cendre qui émergeaient de cette lave, les doubles sources d’eau bouillante et d’eau glacée qui jaillissaient, les geysers qui pulsaient leurs jets de soufre à Ixtlan, je parlais de la grande faille qui cassait le continent et par laquelle coulait le fleuve Tepalcapetec, des tremblements de terre sous la mer, au large de Lázaro-Cárdenas, et des orages magnétiques. » (p76-77)

    Raphaël explique à Daniel la particularité de la fête « mirar el cielo » (regarder le ciel), en lui répétant les paroles de Jadi :

    « Imagine que cette nuit est la plus longue de ta vie. Laisse-toi entraîner dans un autre monde, devine-le à la manière de la cigale, par les pores de ta peau, pas seulement avec les chambres noires de tes yeux, mais avec tout ton corps. Respire-le, bois-le. Si tu crois savoir quelque chose, oublie-le. » (p.187)

    « Un jour, nous comprendrons des choses dont nous ignorons aujourd’hui même la possibilité. Nous vivrons sous de nouvelles lois, nous inventerons de nouvelles sciences. Des mondes sans gravitation, des particules sans nom, une molécule vivant sans hydrogène ni oxygène, une matière sans carbone. Une vibration qui ne sera pas la lumière, une dimension qui ne sera ni le temps ni l’espace. Tout cela viendra simplement par le rayon de la conscience, plus mince qu’un fil d’araignée, plus léger qu’une aile de papillon. Nous le pourrons, ou bien nous mourrons. Pour cela je t’ai dit, je l’ai dit à chacun de vous, regardez le ciel et perdez-vous dans l’espace, pour cette nuit. » (p.188)

    Mots-clefs

    terre / ciel / volcan / inégalités sociales / marginalité / responsabilité humaine / planète

     

    Fiche réalisée par Blandine CHARRIER

    Catégorie générique

    Roman

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