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EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


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    Yannick Lahens - Bain de lune

    Yannick Lahens - Bain de lune

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    Bain de lune

    Références de l'ouvrage

    Yanick Lahens, Bain de lune, Paris, Points Seuil, 2015, [Sabine Wespieser éditeur 2014], 258 pages.

    L’auteur

    Yanick Lahens est née à Port-au-Prince en 1953. Après des études en France, elle retourne en Haïti enseigner la littérature à l’Université jusqu’en 1995. Professeure, journaliste, elle consacre aujourd’hui une grande partie de son temps au développement socioculturel de son pays. En 2014, elle s’est vu décerner le titre d’officier des Arts et des Lettres par l’ambassadeur de France en Haïti. Grande figure de la littérature haïtienne, écrivaine indépendante et engagée, elle a reçu en 2011 le prix d’Excellence de l’Association d’études haïtiennes pour l’ensemble de son œuvre. En 2000, elle publie son premier roman, Dans la maison du père, aux éditions du Serpent à plumes. Elle publie en 2008 La Couleur de l’aube, qui lui vaut notamment le prix du livre RFO en 2009, et, deux ans plus tard, Failles, récit évoquant le séisme qui a frappé Haïti en janvier 2010. En 2014, elle publie Bain de lune, son grand roman de la terre haïtienne, qui obtient le prestigieux prix Femina. Dans ses textes, elle brosse invariablement un portrait sans complaisance de la réalité haïtienne, mêlant avec brio le récit de l’histoire nationale à celui des turpitudes et des difficultés de la vie minuscule.

    Résumé

    Sur la commune d’Anse Bleue, un village de pêcheurs où la terre et les eaux se confondent, les Lafleur cohabitent depuis longtemps avec les Mésidor, qui au fil du temps se sont indûment approprié toutes les terres fertiles de la région, laissant les paysans locaux dans une indigence grandissante. Un jour, au marché de Ti-Pistache, l’effroyable Tertulien Mésidor tombe en émoi devant la jeune Olmène, une Lafleur : entre les deux communautés que tout oppose historiquement, une connexion s’établit, et de cette union amoureuse naîtra Dieudonné, qu’Olmène, fuyant quelques années plus tard les coups de Tertulien, remettra à sa famille avant d’entreprendre un exil définitif. Mais le lecteur voit se déployer l’histoire des Lafleur et des Mésidor sur plusieurs générations : le monologue de Cétoute Florival, fille de Dieudonné et petite-fille d’Olmène, retrouvée mourante sur la plage d’Anse Bleue après trois jours de tempête, permet de dérouler sur un temps long l’histoire trouble des deux communautés mêlées. À travers le récit de cette narratrice meurtrie qui cherche à reconstruire son identité, sa lignée et les raisons qui l’ont conduite à échouer sur cette plage, se déplie une saga tout à la fois familiale et nationale, marquée par un climat politique dictatorial et violent. Anse Bleue devient ainsi la scène où se déploie et se condense l’histoire politique d’Haïti : fratries déchirées, servitude des femmes, déprédations à outrance, arbitraire du pouvoir et opportunisme politique, nombre de personnages incarnent depuis leur anonymat des figures ou des épisodes précis de l’histoire du pays – Fénelon, le frère d’Olmène, symbolise par exemple la violence aveugle perpétrée par les Tontons Macoutes. Le récit d’enquête de Cétoute, mais aussi le chœur immémorial et lucide des paysans, tranchent sur ce paysage ingrat : dialoguant avec les Invisibles et autres divinités souterraines, puissamment connectés à la terre qu’ils habitent, ceux-ci ne sont jamais dupes des promesses émanant d’en-haut. Leur parole s’élève en une narration collective qui fait du texte de Yanick Lahens un plaidoyer pour la défense de la terre malmenée par la soif de pouvoir, et donne au roman la scansion des invocations vaudous, seuls remparts contre la cruauté inéluctable d’un monde en profonde mutation.

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    Centraux. L’omniprésence des éléments de la nature et la surnature, de la mer, des forêts et de la terre sur lesquelles s’exerce la folie prédatrice des hommes, mais aussi le chant des paysans qui cherchent à les défendre ou à entrer en dialogue avec eux, confèrent à la dimension écologique un caractère absolument nodal. La communication permanente entre le monde visible et le monde invisible crée un lien indissoluble entre la dimension généalogique et la dimension écologique du texte : la mer qui recrache Cétoute après l’avoir engloutie est à la fois le « pays sous les eaux », le lien avec la Guinée des dieux et des ancêtres, et une ressource fondamentale ; tout comme l’arbre, motif omniprésent, est symbole de la famille, du lakou, et moyen de subsistance menacé par la déprédation féroce.

    Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    Réels : les ravages de l’anthropisation prédatrice (déboisement inconsidéré ou forcé, pêche intensive) ou la dureté des conditions climatiques (ouragans, sécheresse) sont abondamment évoqués : ils constituent la toile de fond du roman et renvoient à des phénomènes bien réels.

    Le texte et/ou les images font-ils apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    Le narrateur collectif représente le « nous » des paysans pauvres, des habitants ancestraux, des démunis, la communauté des terriens spoliés et victimes du dérèglement des éléments et de l’avarice de la terre provoquée par la folie des puissants et des dupes. Chantre d’un rapport respectueux à l’environnement, ce chœur peut être lu comme le symbole de toutes les communautés dont les modes de vie et l’écologisme populaire se trouvent menacés par des logiques d’accumulation prédatrice. Certains personnages, comme Abner, qui entreprend de créer une coopérative et un puits collectif, incarnent une acception de l’écologie porteuse de développement et de modernité, qui ne convainc pas pourtant les habitants. Par ailleurs, les Invisibles, divinités vaudous ou puissances de la nature et de la surnature, sont omniprésentes, comme Agwé, Lasirenn et Labalenn (divinités des eaux), Gran Bwa (divinité des arbres et des forêts), ou Zaka (divinité de la terre, des jardins et des paysans). Enfin, plusieurs personnages masculins (Tertulien et Jimmy Mésidor, Fénelon Dorival) sont le symbole d’une puissance aveugle de spoliation et de destruction, qui malmène aussi bien les femmes, les pauvres, que la terre qu’ils ont à cœur de dominer ou de posséder et dont ils prétendent jouir impunément.

    Citations

    « Mais Orvil [...] ne put rien contre les premières blessures ouvertes d’où fusa le sang de la terre. Contre les premières cicatrices qui saillirent des flancs des mornes. Contre les rivières exsangues qui maigrissaient, maigrissaient. Contre la terre et la rocaille qui encombraient les pieds des versants à mesure que nous les défrichions. Contre la montée en puissance des ouragans. Contre la sécheresse chaque fois plus dévastatrice qui leur succédait. Contre ceux qui partaient, se détachant de l’arbre pour une raison qui n’était pas l’ambition, mais qui lui ressemblait beaucoup. Orvil ne put rien contre ces événements qui ne semblaient vouloir tracer, droit, tout droit, que le chemin à sens unique et sans retour de la fatalité. » (p. 35)

    « Léosthène regardait tantôt la plaine, tantôt la mer. Elle renvoyait toute la lumière en longs faisceaux sur une terre-squelette. Il n’en croyait pas ses yeux : toute la campagne semblait avoir souffert d’une longue maladie dévastatrice. À croire qu’une main maudite avait pris soin de tout taillader, tout pilonner, tout saccager. » (p. 165)

    « Abner n’a que le mot développement à la bouche. Développement par-ci. Développement par-là. « Si vous coupez les arbres, pas de développement. Si vous plantez dans les terres de café des haricots, pas de développement. Si vous déféquez dans les rivières, pas de développement. » Nous avons planté des haricots sur les terres de café tout là-haut, coupé les arbres et déféqué dans les eaux. Il a cru que l’arrivée du prophète, chef du parti des Démunis au pouvoir, changerait tout et nous avec ce tout-là. » (p. 225)

    Mots-clefs

    mer / campagne / exode rural / responsabilité humaine / écoféminisme / écologie populaire

     

     

    Fiche réalisée par Anne-Laure Bonvalot                                      

    Catégorie générique

    Roman