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EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


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    Ondjaki - Les Transparents

    Ondjaki - Les Transparents

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    Les Transparents

    Références de l'ouvrage

    ONDJAKI, Os Transparentes, Caminho, Alfragide, 2012, 431 p.
    Pour la traduction française : Les Transparents, Paris, Métailié, 2015, 368 p., traduit du portugais (Angola) par Danielle Schramm

    L’auteur

    Ondjaki – « le guerrier », en langue kimbundu –, de son vrai nom Ndalu de Almeida, est né en 1977 à Luanda. Après des études de sociologie et un doctorat en études africaines, il publie un premier recueil de poésie, puis connaît véritablement le succès en 2003 avec un roman autobiographique intitulé Bom dia camaradas (Bonjour camarades, 2004, pour la trad. française), dans lequel l’auteur évoque son enfance dans la Luanda des années 1980. Dans son œuvre romanesque comme dans son travail de documentariste, Ondjaki n’a de cesse d’élaborer un portrait poétique et critique de l’Angola à travers une mise en scène toujours recommencée de sa capitale. La ville de Luanda – ses coutumes, ses langues et ses traditions – est en effet le centre invariable de son univers. Ondjaki compte parmi les auteurs africains les plus salués et les plus traduits actuellement. Il a notamment reçu en 2008 le prix africain Grinzane du meilleur jeune écrivain, ainsi que le prestigieux prix José Saramago pour Os Transparentes en 2013.

    Résumé

    C’est un immeuble du quartier de Maianga, dans le centre de Luanda, qui à lui tout seul condense et synthétise les problématiques de la capitale angolaise, de ses habitants, et plus largement du pays tout entier. On y décrit une communauté urbaine oubliée qui cherche à habiter décemment un monde menacé. Le quotidien des différents personnages qui peuplent ce microcosme est perturbé par plusieurs projets énergétiques d’envergure qui se préparent à Luanda : privatisation de l’eau, forage on-shore du sol de la capitale, nationalisation d’une éclipse... Ondjaki brosse le portrait d’une communauté qui pratique une  forme d’écologisme des pauvres : en cherchant à préserver leur mode de vie et leur immeuble menacé de destruction, les habitants défendent aussi une forme écologique et respectueuse d’habiter le monde. Parmi les personnages, on compte l’emblématique Odonato, un nostalgique de la Luanda d’autrefois qui a cessé de s’alimenter pour pouvoir nourrir ses enfants et devient progressivement transparent. Cette transparence, qui donne son titre au roman, est aussi la métaphore des démunis, de ceux qu’on ne voit pas et que le roman se propose de rendre visibles : une brodeuse de perles, un marchand de coquillages, un aveugle, une vendeuse de poisson grillé, un voleur, un facteur qui réclame infiniment à une autorité fantôme un moyen de locomotion pour effectuer sa tournée, un jeune qui cherche sa mère dont il a été séparé pendant la guerre, une grand-mère parlant kimbundu... On trouve aussi, en face, des représentants, à divers niveaux, de l’autorité : des journalistes, des politiciens, des chercheurs, tous intéressés par les richesses naturelles du pays. L’incendie qui ravage Luanda à la fin du roman pose la question de la vulnérabilité écologique, des réfugiés climatiques, mais aussi de la viabilité du système d’exploitation capitaliste dans son entier.

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    Les histoires entrelacées des différents personnages évoquant leurs souvenirs ou les difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne ont toujours partie liée avec des thématiques d’ordre écologique : difficulté d’accès à l’eau et menaces de privatisation, excavation de Luanda, en dépit des mises en garde des géologues, afin d’y trouver du pétrole, inégalités socio-environnementales qui font des riverains sinistrés à la fin de véritables réfugiés climatiques, question de la prédation inhérente au capitalisme, etc.

    Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    Les problèmes évoqués touchent effectivement la capitale angolaise, bien que certains d’entre eux se trouvent dans le roman légèrement extrapolés. Les difficultés d’accès à l’eau et l’éventualité de sa privatisation imminente, l’invisibilité – la transparence – des pauvres pourtant majoritaires et leur vulnérabilité socio-écologique sont par exemple bien réelles. De l’aveu de l’auteur, l’immeuble lui-même est largement inspiré d’un bâtiment réel du quartier de Maianga. En revanche, la Commission Installatrice de Pétrole à Luanda, ladite CIPEL, et ses projets de forages on-shore, ou encore l’incendie final qui est la conséquence d’un tel projet, sont une extrapolation de l’auteur : bien que le pays soit par ailleurs ravagé par l’exploitation intensive de cet hydrocarbure, sa présence dans le sous-sol de la capitale n’est pas aujourd’hui avérée. De même, des événements a priori plus loufoques, comme la nationalisation d’une éclipse par le gouvernement ou la condition transparente de l’un des personnages, sont à envisager davantage au niveau symbolique ou métaphorique que dans le cadre d’un régime de référentialité direct.

    Le texte et/ou les images font-ils apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    Oui. On peut considérer la plupart des habitants de l’immeuble comme des acteurs de la défense d’un mode de vie urbain respectueux de l’environnement. Une guerre sourde les oppose dans le roman à de nombreuses figures de la prédation – ingénieurs, membres de commissions scientifiques, magnats en tout genre, politiciens corrompus, etc.

    Citations

    “o Prédio tinha sete andares e respirava como uma entidade viva”(p. 16)
    « l’Immeuble avait sept étages et respirait comme un être vivant » (p. 16)

    “entre os boatos que já corriam há algum tempo, estava a informação de que parte da recente crise no fornecimento de água era um complô feito por gente muito graúda, na tentativa vanguardista de privatizar o bem que, no futuro, seria o mais precioso dos recursos naturais no continente africano e no mundo,
    nesse aspecto, e noutrous, Dom Cristalino estava muito além do seu próprio tempo e há anos que vinha fazendo movimentações políticas e jurídicas e tinha já conseguido privatizar montanhas com nascentes de alta qualidade e volumoso caudal, comprou várias porções de terra justamente pensando no número de rios e riachos que as banhavam, sendo que assim, aos poucos, sem grande alarido, foi acumulando tantas ilhas de terreno que já se calculava que uma significativa parte do país, rica em água, estava em seu nome o no nome dos familiares que viviam sob o seu nepótico domínio” (p. 166)

    « parmi les bruits qui couraient depuis quelque temps, il y avait celui selon lequel la crise récente dans la distribution de l’eau était le résultat d’un complot fomenté par des gens très hauts placés, dans une tentative avant-gardiste de privatiser un bien, qui s’avèrerait être, dans le futur, la plus précieuse des ressources naturelles sur le continent africain et dans le monde,

    dans ce domaine, et dans d’autres, DomCristalino était bien au-delà de son temps, depuis des années il manœuvrait politiquement et juridiquement, et il avait réussi à faire privatiser des montagnes entières regorgeant de sources d’où jaillissaient en force des eaux de bonne qualité, il avait acheté de vastes étendues de terre pensant justement au nombre de rivières et de ruisseaux qui les baignaient, réussissant ainsi sans tapage à accumuler tant de terrains qu’il se disait qu’une partie importante du pays, riche en eau, lui appartenait, à son nom propre ou au nom de parents vivant sous son autorité népotique » (p. 141)

    Mots-clefs

    ville / responsabilité humaine / énergie / eau / pétrole / privatisation / extractivisme / écologisme populaire

     

    Fiche réalisée par Anne-Laure BONVALOT

    Catégorie générique

    Roman