Go to contentGo to menuGo to searchGo to the news list

EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


Main navigation

    Search

    Breadcrumb

    La recherche en littérature environnementaleRessources pour tous

    Federigo Tozzi - Les Bêtes

    Federigo Tozzi - Les Bêtes

    • Share this page on social networks
    • E-mail this page

      Envoyer par mail


      Séparés par des virgules
    • Print this page

    Les Bêtes

    Références de l'ouvrage

    TOZZI, Federigo, Les Bêtes (Bestie), traduit de l’italien par Philippe Di Méo
    Collection Biophilia », José Corti, Paris, 2012, 111 pages.

    L’auteur

    Federigo Tozzi (1883-1920) est un auteur italien sorti tardivement et progressivement de l’ombre. Natif de Sienne et autodidacte, il passa son adolescence à lire à la Biblioteca Comunale avant de devenir journaliste à Rome, de rencontrer Pirandello et de fonder la revue La Torre. D’abord auteur de poèmes (La zampogna verde puis La città della Vergine), il se tourne vers le roman (Tre Croci, Il Podere) après la Grande Guerre où il sert comme journaliste auprès de la Croix Rouge. Datant de cette charnière existentielle comme générique (1915-1917), Bestie est un recueil de textes fragmentaires où les animaux entrent en scène.

    Résumé

    Il est impossible de résumer ces 69 fragments narratifs tant ils ne racontent pas d’histoires mais évoquent plutôt des scènes fugitives non directement reliées entre elles. Seul point commun : ils comportent tous la présence d’un animal, central ou anecdotique. Ecrits à la première personne et de longueur variable (de deux lignes à quatre pages), ils sont les souvenirs et les rêves d’un narrateur contemplatif derrière lequel on devine Tozzi lui-même. Tout se déroule à Sienne, vieille cité-État marquée par le rapport de fermeture fusionnelle entre la ville et « sa » campagne, mais aussi par le passage pacificateur de Saint-François d’Assise, autre « précurseur » possible de l’écologie.

    « Histoire[s] naïve[s] et tragique[s] », ces croquis lyriques et fragmentaires, fables sans moralité ou « allégories évidées » (selon le traducteur Philippe Di Méo), expriment une certaine mélancolie voire un désespoir lié à l’absurdité de la vie moderne. Au cœur de ces anecdotes et petites impressions, de sombres bêtes font en effet retour (ver, lézard, araignée, mouche). Pour elles comme pour toutes les autres, la plupart de leurs apparitions se fait de façon marginale : l’animal nommé n’est que rarement au cœur du petit récit où il figure, mais lui donne toujours son sens. Les uns sont présents pour leur valeur symbolique, d’autres pour leur intérêt comparatif dans l’évocation des humains, comme cette femme « pâle, avec un cou si gonflé qu’il faisait penser à celui d’une cane au jabot bien rempli ». Tantôt juge de paix entre les hommes, comme cette vipère qui venge le narrateur en mordant un ennemi, tantôt victime, comme le crapaud, d’une cruauté infantile généralisée, l’animal est intégré à un réseau de sens où son irruption vient souvent interrompre des conflits humains, comme cette fourmi que le narrateur et sa femme voient entrer dans le goulot d’une bouteille, mettant un terme à leur dispute.

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    Le péritexte est écologique, car il s’agit chez Corti du n°2 de la collection « Biophilia » qui entend « mettre le vivant au cœur d’éclairages ou de rêveries transdisciplinaires de tous les temps ». Il n’y a pourtant ni écologie scientifique, ni écologie politique dans Bestie. C’est donc un cas exemplaire de réédition « verdissant » un texte du début du XXe siècle, en soulignant l’attention qu’il porte à l’environnement. Et d’abord à l’animal bien sûr, mais aussi à l’habitat : la position de l’homme entre terre et ciel, son architecture (ici onirique voire fantastique quand les maisons semblent se déplacer), son utilisation de l’eau. Le livre traite de tout ce qui fait le lien entre la présence animale, humaine et végétale, et devient écologique en ce sens. Il donne par exemple la biographie d’un pommier tracassé par des chenilles, « le plus bel arbre de mon champ » (pp. 78-80).

     Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    En lien avec la tradition renouvelée du bestiaire, on trouve ici une licorne. Si c’est la seule bête fabuleuse, la ville et ses campagnes environnantes sont indistinctement l’habitat et le territoire imaginaire des hommes, de leurs animaux domestiques et d’une faune sauvage qu’ils aiment observer (notamment des oiseaux). L’animal est porteur de sens dans toutes les situations, même sans événement à proprement parler.

     Le texte fait-il apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    Même quand les fragments proposent des portraits, ils ne laissent pas émerger de telles figures. Un animal semble plus important que d’autres : Philippe Di Méo insiste sur l’alouette qui sert de cadre à ce recueil dans ses premier et dernier fragments, « seul animal semblant vivre en accord avec la nature », menacée, comme le narrateur auquel elle s’identifie, par ce monde occupé par l’homme, dans lequel elle cherche à s’élever vers le ciel. Le narrateur aspire à une sorte de fusion entre cette alouette et son âme, comme s’il lui était demandé de réenchanter le monde étouffant qui nous est dépeint.

    Citation

    «Qui se souvient de la façon dont un papillon blessé se traîne, touchant le sol de ses ailes tremblantes !

    Mais qui peut donc voir, dans ses yeux, l’expression de sa douleur aussi violente que soudaine ?

    Sachant disparaître de notre curiosité, le papillon a tôt fait de se rencogner. C’est, alors, comme quelque chose qui parvient à ne pas entrer en contact avec nous, à nous éviter. » (p. 65)

    Mots-clefs 

    Italie / animal / ville / campagne

     


    Fiche réalisée par Bertrand GUEST                                   

     

     

    Catégorie générique

    Fragments de récit