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EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


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    Erri De Luca - La Parole contraire

    Erri De Luca - La Parole contraire

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    La parole contraire

    Références de l'ouvrage

    DE LUCA, Erri, La parole contraire (La parola contraria), traduit de l’italien par Michèle Valin
    Gallimard, Paris, 2015, 43 pages.

    L’auteur

    Né à Naples en 1950 dans une bourgeoisie ruinée, cet ouvrier trouve refuge en France dès 1982 pour échapper aux poursuites que lui valent ses nombreux engagements syndicaux et militants contre la guerre du Vietnam et l’autoritarisme des années de plomb. Ses romans, souvent autobiographiques et qui dépeignent Naples, tel Une fois, un jour (1989), Acide, arc-en-ciel (1994) ou Montedidio (Prix Fémina Etranger, 2002) sont parmi les plus lus des livres italiens aujourd’hui dans le monde. Alpiniste et fin connaisseur de la Bible, il prend récemment parti pour l’altermondialisme et contre la ligne ferroviaire Lyon-Turin, engagement qui lui vaut le procès pour « incitation au sabotage » dont il se défend dans La parole contraire.

    Résumé

    L’auteur prend ici la parole à la première personne pour se défendre dans le procès qui lui est intenté par l’entreprise française chargée des travaux de la nouvelle ligne ferroviaire. Il risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour avoir écrit qu’il fallait la « saboter ». Mais au-delà de lui, il entend par ce court essai aux accents de pamphlet défendre les militants du mouvement NO TAV, c’est-à-dire notamment les habitants du Val de Suse, vallée du Piémont alpin, en lutte contre ce projet de ligne à grande vitesse qui aurait pour conséquence le percement de longs tunnels dans des gisements d’amiante, laquelle se retrouverait dispersée avec des conséquences sanitaires imprévisibles. C’est aussi un combat pour la liberté d’expression et la polysémie, les juges ne retenant qu’un seul sens au mot « sabotage » là où De Luca « accepte une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire ». Au-delà de ce seul mot qui fâche, l’enjeu est la langue et la liberté d’y construire autre chose que le sens univoque. Le livre est une véritable démonstration rhétorique où De Luca dénonce un manque d’équité : ses propres paroles sont accusées d’avoir un impact nuisible sur le réel alors que celles des artisans du projet et de leurs soutiens ne sont jamais examinées.

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    Ils sont centraux et rejoignent un point crucial historique des mouvements écologistes, celui de la démocratie sans laquelle aucune pensée (écologiste ou pas) n’est plus possible. La protection de la nature et des hommes qui y habitent suppose la liberté, précisément bafouée par des lois spéciales et un encadrement militaire du chantier interdisant toute protestation aux habitants, liberté qui « ne se mesure pas à des horizons dégagés, mais à la cohérence entre mots et actions » (p. 34).

    Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    Ils sont ici tout à fait réels et même extrêmement précis, liés à une actualité brûlante puisque le procès d’Erri de Luca s’est ouvert le 28 janvier 2015.

    Le texte fait-il apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    La figure de l’éco-guerrier (chère aux romans d’Ed Abbey) brille ici par son absence, puisque De Luca se défend d’avoir physiquement commis ou même encouragé l’acte que ses paroles sont censées avoir « incité ». On trouve en revanche une dénonciation du système d’aménagement noyauté par la mafia, et a contrario, la revendication d’un écrivain engagé se référant à Orwell (Hommage à la Catalogne) et Pasolini, écrivain engagé qui est en l’occurrence un porte-parole des citoyens, mu par le « devoir de protéger le droit de tous à exprimer leur propre voix » (p. 17).

    Citations

    «L’utopie n’est pas un point d’arrivée, mais un point de départ. On imagine et on veut réaliser un lieu qui n’existe pas. Le Val de Suse se bat depuis une génération pour la raison inverse : pour que le lieu existe encore. Non pas celui imaginé par ceux qui, du moment qu’ils réalisent un profit sur un des nombreux grands travaux, sont indifférents aux préjudices causés à la santé publique. Une utopie, et des pires qui soient, est l’asservissement d’un territoire à une spéculation déclarée stratégique pour de plus grands abus. Le percement et la pulvérisation des gisements d’amiante horrifient tous ceux qui sont au courant des terribles méfaits d’une dispersion de ses fibres toxiques. Pour moi, c’est un viol de territoire. » (p. 19)

    Mots-clefs

    Italie / montagne / responsabilité humaine /  pollution /  amiante / désobéissance civile

     

    Fiche réalisée par Bertrand GUEST

    Catégorie générique

    Essai