Go to contentGo to menuGo to searchGo to the news list

EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


Main navigation

    Search

    Breadcrumb

    La recherche en littérature environnementaleRessources pour tous

    Sebastião Salgado - De ma terre à la Terre

    Sebastião Salgado - De ma terre à la Terre

    • Share this page on social networks
    • E-mail this page

      Envoyer par mail


      Séparés par des virgules
    • Print this page

    De ma terre à la Terre

    Références de l'ouvrage

    SALGADO, Sebastião et FRANCQ, Isabelle, De ma terre à la Terre, Presses de la Renaissance, Paris, 2013, 150 pages.

    L’auteur

    Né en 1944 dans le Minas Gerais au Brésil, agroéconomiste prometteur chargé de missions en Afrique par la Banque mondiale et la FAO, Sebastião Salgado fait à 29 ans de la photographie son activité principale. D’abord membre des agences Gamma et Magnum, il fonde avec Lélia, sa femme, l’agence Amazonas en 1994. Lié en exil à la contestation du régime militaire, inspiré par le christianisme social, il parcourt le globe pour en documenter les déséquilibres, les injustices et les catastrophes. Marqué par une cruauté qu’il dit ne pas avoir supposée, il retourne aux sources en réhabilitant la forêt sur la parcelle dont il a hérité dans le Rio Doce, où il fonde l’Instituto Terra, centre de formation écologique. Comble de prix et récompenses innombrables, Wim Wenders lui consacre en 2014 son documentaire Le sel de la Terre, tourné avec Juliano Salgado, le fils de Sebastião et Lélia.

    Résumé

    La journaliste Isabelle Francq assiste ici Salgado dans l’écriture d’un témoignage à la première personne. Le récit, très factuel et parfois familier, évoque son parcours de photographe curieux des hommes et des sociétés, livrant en 25 brefs chapitres les faits marquants d’une carrière riche en rebondissements. De l’enfance brésilienne à l’exil en 1969 dans une France synonyme de solidarité et d’accueil, du « déclic photographique » aux premiers reportages africains et aux voyages dans le bloc de l’Est, la trajectoire de Salgado est d’emblée celle d’un militant de gauche tiers-mondiste. Photographiant usines, mines et exploitations agricoles, il s’intéresse au travail (« La main de l’homme », 1986-1991), avant de se consacrer dans les années 1990 aux migrations (« Exodes »). Attentif aux formes précaires de l’habitat, il adresse ses images des guerres, de la faim et des réfugiés aux pays riches, afin de marquer les consciences. Le Rwanda, et singulièrement les rives du lac Kivu, est un lieu de retour, l’épicentre d’amitiés longues nées d’un premier séjour consacré avec la FAO aux cultures alternatives de thé. Salgado y revient pour témoigner de l’exode rural puis du génocide de 1994, touchant aux limites éthiques de son travail. C’est alors qu’il s’intéresse plus particulièrement aux dommages environnementaux puis aux changements climatiques et à leurs conséquences, fondant en 2000 avec l’Instituto Terra une pépinière de reforestation, partant à la rencontre des espaces préservés de la planète et, quoi qu’un peu secondairement, des peuples indigènes comme les Nénètses (« Genesis », 2002-2013).

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    S’ils semblent circonscrits aux chapitres relatant la série Genesis et la fondation de l’Instituto Terra, tout est en fait lié dans une vision holistique. S’il reste rare que les faits donnent lieu à des réflexions originales ou profondes sur le monde ou la photographie, celles-ci portent souvent sur le rapport fusionnel et écocentrique de l’observateur aux êtres et aux choses qui l’entourent. Ainsi pour réussir à voir, le photographe doit-il « faire partie du phénomène » et ne pas séparer son regard, son écriture, de ce qui serait son « objet ». Salgado voit les autres hommes, les lieux, les bêtes et les sols comme la chair même dont il se sent indissociable. Pouvoir les photographier suppose d’entrer en communication avec eux et de défaire les non-dits d’une mémoire de domination et d’injustice.

    Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    La photographie n’est pas forcément en tant que telle une figuration du réel, mais c’est plus que jamais le cas chez Salgado. Elle est un langage puissant capable de montrer la beauté comme l’injustice, une « écriture d’autant plus forte qu’on peut la lire partout dans le monde sans traduction » (p. 58). L’esthétique de photoreportage qui sous-tend le travail de Salgado imprègne ici le texte, non-fictionnel, documentaire et autobiographique. Comme l’écrit Salman Rushdie pour la préface du catalogue de l’exposition Territoires et vies, ce « portrait de notre monde […] parle de la voix la plus rare qui soit, cette voix qui nous dit des choses que nous ne voulons pas savoir, [...] mais qui, lorsqu'on nous les dit, s'imposent instantanément comme vraies. »

    Le texte fait-il apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    L’optimisme ingénu de celui qui jongle avec les financements des Nations Unies et s’en remet naïvement aux progrès de la technologie — le numérique rendrait selon lui la photo moins polluante — n’est pas sans faire penser à de célèbres « hélicologistes », l’origine « hémisphère sud » venant encore lisser cette figure consensuelle du discours humanitaire et environnementaliste. Celle-ci n’échappe pourtant pas à toute controverse, Susan Sontag critiquant par exemple le spectacle décontextualisant de ses beaux portraits de migrants (Devant la douleur des autres, trad. F. Durant-Bogaert, Christian Bourgois, 2003). Témoigner du désastre peut-il indéfiniment justifier une œuvre qui esthétise paradoxalement les victimes du capitalisme extractiviste ? Suffit-il d’évoquer la « dignité » de celles et ceux qui sont photographiés ?

    Citations

    «  Avec Lélia, nous constations que le monde est divisé en deux, avec d’un côté la liberté pour ceux qui ont tout et de l’autre une privation de tout pour ceux qui n’ont rien. Et c’est ce monde digne et pillé que j’ai voulu, à travers ma photo, montrer à une société européenne assez éveillée pour recevoir cette interpellation. » (p.43)

     

    « Aucune photo, à elle seule, ne peut changer quoi que ce soit à la pauvreté du monde. Cependant, additionnées à des textes, à des films et à toute l’action des organisations humanitaires et environnementales, mes images participent à un mouvement plus vaste de dénonciation de la violence, de l’exclusion ou de la problématique écologique. Ces moyens d’information contribuent à sensibiliser ceux qui les regardent sur la capacité que nous avons tous à changer la destinée de l’humanité. » (p. 55)

    Mots-clefs

    Amérique du Sud, Afrique / photographie / migrants / guerres / travail / industrie / sécheresse / forêt / argent / responsabilité humaine / résilience

     

    Fiche réalisée par Bertrand GUEST                                   

    Catégorie générique

    Autobiographie