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EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


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    Dany Laferrière - Tout bouge autour de moi

    Dany Laferrière - Tout bouge autour de moi

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    Tout bouge autour de moi

    Références de l'ouvrage

    LAFERRIÈRE, Dany, Tout bouge autour de moi, Paris, Grasset & Fasquelle, Le Livre de Poche, 2011, 192 p.

    L’auteur

    Dany Laferrière est né à Port-au-Prince en 1953. En 1976, il est contraint de s’exiler à Montréal pour des raisons politiques. Il enchaîne pendant plusieurs années les emplois précaires avant de publier son premier roman en 1985, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. En 1990, il s’installe à Miami, où il écrit dix romans en douze ans, dont le fameux cycle haïtien : L’Odeur du café, Le Goût des jeunes fillesLe Charme des après-midi sans fin, La Chair du maître, Le Cri des oiseaux fous, Pays sans chapeau. De retour à Montréal, il entreprend un travail de réécriture de son œuvre, aménageant des passerelles entre les romans au sein de ce qu’il appelle son Autobiographie américaine, qui permet de lier les deux cycles, le cycle nord-américain, composé de romans urbains, et le cycle haïtien. En novembre 2009, Laferrière reçoit, pour L’Énigme du retour, le prix Médicis, le Grand Prix du livre de Montréal, le prix des libraires du Québec, et le Combat des livres de Radio-Canada. Que ce soit dans ses récits, dans ses romans ou dans ses poèmes, l’auteur pose singulièrement la question de l’identité et de l’exil.

    Résumé

    Le 12 janvier 2010, Dany Laferrière, venu participer à un festival de littérature, se trouve à Port-au-Prince quand le séisme frappe l’île. Il consigne sur son carnet ses observations de manière spontanée, au présent, de sorte que le lecteur puisse avoir l’impression de vivre l’évènement en direct. Loin du sensationnalisme avec lequel la télévision et les médias s’emparent du sujet, l’écrivain-témoin raconte la vie quotidienne des Haïtiens dans une capitale dévastée, ainsi que les stratégies qu’ils développent afin de survivre et de rester dignes dans le malheur. Tout bouge autour de moi est ainsi le carnet de bord d’un témoin de la catastrophe. Mais le « je » de Laferrière est collectif : les habitants de la ville, les disparus ou les rescapés du séisme, les proches ou les inconnus croisés dans la rue s'expriment abondamment tandis que l'écrivain s’éclipse, occupant finalement un rôle de passeur ou de dépositaire. Parcourant la ville à la recherche de ses proches, partageant le quotidien des autres clients de l'hôtel avec qui il se trouvait au moment de la secousse, l’observateur esquisse de courtes scènes saisissantes, des portraits d’hommes et de femmes éperdus, bouleversés. L’accumulation de ces scènes de la vie quotidienne donnent à voir le drame collectif comme une somme de tragédies individuelles tournant toutes autour du séisme et de ses différents noms : de l’« Année zéro », à l’« instant pivotal » en passant par « Goudougoudou », le nom que les habitants des quartiers populaires ont donné au séisme en affirmant que c’est ce qu’ils ont entendu, le séisme reste le centre invariable de la narration. Mais le récit de la journée du 12 janvier 2010 est aussi le point de départ d'une quête intérieure où les souvenirs de l’exilé s'écrivent au présent. La position particulière de l’exilé, de celui qui est à la fois d’ici et d’ailleurs, nous plonge dans l’intimité de la catastrophe, alors que la mosaïque des récits éclatés peut être lue comme une tentative de reconstruction, par la littérature, de la ville démantelée. Le livre est ainsi une manière de bloc-notes à l’usage des absents, de tous ceux qui n’ont pas vécu la catastrophe, mais aussi un prototype, dans sa forme même, de littérature de la reconstruction.

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    Les thèmes écologiques sont centraux : le grand ébranlement que constitue le séisme est au centre du propos, ainsi que le bouleversement de la morphologie de la ville qu’il engendre. D’autres catastrophes naturelles sont également évoquées comme venant frapper le pays de façon récurrente : inondations, déboisement, cyclones. Les dictatures ou les coups d’État que l’île a pu connaître se trouveraient presque rangées dans la catégorie des catastrophes naturelles, comme le suggèrent les propos de la mère de l’écrivain : « “J’aurai tout vu dans ce pays : des coups d’Etat militaires, des cyclones à répétition, des inondations dévastatrices, des dictatures héréditaires, et maintenant un tremblement de terre” ». Je remarque qu’elle tient un décompte précis des désastres naturels qui nous sont tombés dessus durant ces deux dernières décennies. Je ne sais plus s’il faut inscrire la dictature parmi les désastres naturels. Elle est peut-être à l’origine de tous ces malheurs ou simplement leur continuité logique. Ma mère insiste : “J’aurai tout vu” » (p. 49). L’articulation entre nature et culture est également l’objet de nombreuses réflexions de la part de l’écrivain : paradoxalement, c’est à l’aune du ravage qu’il se propose de mesurer la richesse de la culture haïtienne.

     Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    Tous les événements relatés étant en lien avec l’écologie sont réels : le séisme qui a secoué Haïti le 12 janvier 2010 bien sûr, mais aussi d’autres problèmes spécifiques, comme le déboisement, les cyclones, les inondations, la restructuration urbaine de Port-au-Prince ou les questions de géographie sociale. Le livre n’est pas un roman, mais un journal de bord, un témoignage en forme de mosaïque : l’écrivain est avant tout témoin de la catastrophe, mais le récit qu’il en fait est aussi le portrait fidèle d’une île, de ses habitants et de ses problématiques spécifiques.

    Le texte et/ou les images font-ils apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    Ce livre est pour Dany Laferrière l’occasion de rendre hommage à son île natale et à ses habitants : ceux-ci apparaissent comme étant de véritables acteurs écologiques, protagonistes d’une écologie de la débrouillardise et de la survie, qu’il s’agisse des proches de l’auteur, des habitants des quartiers populaires ou des artistes de renom. D’autres personnages en lien avec la thématique écologique sont présents, bien que plus furtivement, comme les bénévoles des associations humanitaires ou religieuses venant aider à la reconstruction, les agronomes évaluant l’état de la flore haïtienne ou les peintres primitifs haïtiens exaltant la nature. Si l’on ne peut pas parler de personnages typiques, on peut dire pourtant que Laferrière brosse un portrait du Haïtien en homme écologique, voire tellurique.

    Citations

    « Tout cela a duré dix secondes. Est-ce le poids réel de la civilisation ? Pendant ces dix secondes, j’étais un arbre, une pierre, un nuage ou le séisme lui-même. Ce qui est sûr, c’est que je n’étais plus le produit d’une culture. J’avais la nette sensation de faire partie du cosmos. » (p. 90)

    « Un homme, à côté de la voiture, hurle qu’on n’a encore rien vu, car la fin des temps est proche. Il faut être aveugle pour ne pas voir les signes, continue-t-il. Un passant lui demande sur un ton ironique, ce que sera la prochaine étape. On aura un tsunami, fait-il gravement. Mais entre-temps, ajoute-t-il, on va avoir un nouveau tremblement de terre deux fois plus fort et trois fois plus long que le précédent et qui mettra tout à terre pour permettre au tsunami d’effacer toute trace de notre passage ici. Cette terre ne nous appartient pas. Nous sommes des locataires. Le propriétaire vit à l’étage, fait-il en pointant le ciel. » (p. 104)

    « Quelle forme d’art va se manifester la première ? La poésie si impulsive ou la peinture avide de nouveaux paysages ? Où verra-t-on les premières images du séisme ? Sur les murs de la ville ou les carrosseries des tap-taps ? La nouvelle, moins rapide que le poème, mais plus vive que le roman reviendra-t-elle à la mode ? Le roman exige un minimum de confort que Port-au-Prince ne peut s’offrir – c’est un art qui fleurit bien dans les pays industriels. Les écrivains sont-ils déjà au travail ? Est-ce la course pour savoir qui écrira le grand roman de la destruction ou l’essai majeur à propos de la reconstruction ? » (p. 147)

    Mots-clefs

    catastrophe / ville / reconstruction

     


    Fiche réalisée par Anne-Laure BONVALOT                                   

     

    catégorie générique

    Journal, témoignage