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EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


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    Aurélien Bellanger - L'Aménagement du territoire

    Aurélien Bellanger - L'Aménagement du territoire

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    L'Aménagement du territoire

    Références de l'ouvrage

    BELLANGER, Aurélien, L’Aménagement du territoire, Gallimard, Paris, 2014, 500 pages.

    L’auteur

    Né à Laval en 1980, formé en philosophie, Aurélien Bellanger est l’auteur d’un essai, Houellebecq écrivain romantique (Leo Scheer, 2010) et d’un premier roman autour du Minitel, La théorie de l’information (Gallimard, 2012). Son projet plus ou moins avéré d’écrire le roman balzacien de l’époque contemporaine le fait comparer par certains à Houellebecq, et regretter à d’autres un style trop proche de l’encyclopédie Wikipédia. De fait, il s’inspire de faits et de personnes réels dont la transposition laisse souvent deviner la provenance. L’Aménagement du territoire reçoit le Prix de Flore et le Prix du Zorba en 2014, le Prix Amic de l’Académie française en 2015.

    Résumé

    Après une ouverture qui surplombe l’histoire des hommes et de la Terre de la dernière glaciation aux différentes étapes du maillage territorial français par les énarques jacobins d’hier et d’aujourd’hui, le récit se centre autour du village fictif d’Argel en Mayenne, happé dans l’agglomération de Laval, où l’on suit de nombreux personnages entre lesquels se nouent peu à peu des intrigues dont on ne perçoit que progressivement les liens. Le projet d’une ligne de train à grande vitesse reliant Paris à Rennes réamorce le conflit larvé, décennal sinon centenaire, entre deux dynasties de l’aménagement et leur vision du monde : l’autoroute contre le rail. Deux familles rivales se scrutent donc depuis leurs châteaux en vis-à-vis, d’un côté André Taulpin, magnat de la route et du BTP bientôt relayé par sa fille Dominique, ambitieuse polytechnicienne reprenant la tête du groupe ; de l’autre Isabelle d’Ardoigne, fille d’un aristocrate retiré du monde et d’une victime d’accident de la route, devenue maire après des années de lobbying anti-automobile. Si le premier le voit d’un mauvais œil, la seconde milite pour le TGV. Roland Peltier, préfet en retraite de la région Pays de la Loire, rumine des projets d’aménagement mégalomanes d’un autre temps et se soucie de la succession d’une société secrète inspirée par la Chanson de Roland. Pierre Piau, bascule dans le complotisme identitaire alors qu’il retrouve son frère Yann, patron d’une société de gardiennage épris de chasse, de chiens et de Mein Kampf. Apprenti zadiste formé à Notre-Dame-des-Landes, leur cousin Sébastien tente de s’opposer pacifiquement au chantier. Archéologue chargé des fouilles préalables au chantier du TGV, Clément découvre une cavité souterraine aux mystérieux pouvoirs. S’il est impossible de révéler tous les liens ironiques entre ces trajectoires individuelles, on peut dire que l’intrigue complexe oppose moins les pro et anti-LGV que les partisans d’un réseau logistique mondial et ceux d’un esprit ancestral des lieux. Entre Normandie, Bretagne et Anjou, à mesure qu’il orchestre un improbable complot, le roman ressuscite la mémoire de la Marche de Bretagne, territoire de transition recouvrant une faille géologique qui se prête aux plus folles théories : dernier bastion celte, le bouclier armoricain serait au bord d’une sécession hors des réseaux d’infrastructure et de contrôle.

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    Nommément, la question écologique est absolument marginale mais elle est présente par le jeu d’échelles, entre huis-clos villageois et projection imaginaire dans l’univers. Le roman ne se préoccupe que de territoire, de géologie et de l’idée que le temps est dans le sol. Dès lors que l’on ouvre le sol pour y conduire un chantier, l’esprit des lieux sortirait de terre et avec lui toutes les représentations possibles liées au temps long. Il propose certes une description satirique de la vision portée sur les lieux ruraux par l’aménagement du territoire, de la vitesse et de l’opacité des grands marchés publics et autres « grands projets inutiles », mais son intérêt écocritique réside surtout dans la réflexion qu’il propose sur le rapport aux lieux et leur modelage par l’argent, la technologie et le temps long. C’est en réactivant tout un fonds légendaire faisant d’Argel le centre du monde que le texte fait sentir la torsion de l’espace-temps par la modernité et l’Anthropocène.

    Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    S’ils sont liés à l’écologie, les évènements racontés le sont toujours très indirectement. Ils constituent un mélange caractéristique entre réel et imaginaire, au sens où ils sont simplement renommés mais empruntés à une réalité toujours discernable, comme dans un roman à clef (Argel ressemble à Argentré, Taulpin à Bouygues…). Par ses multiples digressions en forme de leçons de choses techniques ou historiques, le roman participe pleinement de la transmission des connaissances encyclopédiques dans la fiction. Plutôt que décrit en action (laquelle n’intervient spectaculairement que dans les dernières pages), chaque personnage est campé dans ce qui lui sert de milieu, d’innombrables pages précisant ses savoirs spécifiques à propos du ballast, des machines agricoles, de la sociologie et de l’histoire politique française, de l’archéologie à l’heure des data, des châteaux, du druidisme et autres savoirs occultes.

    Le texte fait-il apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    Parmi l’inépuisable galerie de portraits qu’il propose, tous plus stéréotypés les uns que les autres, le texte présente en effet notamment une femme convertie en véritable pasionaria de la lutte contre la violence routière, un sympathique et inoffensif zadiste plus perdu qu’autre chose ainsi qu’un ensemble de décideurs qui se servent des autres personnages comme de pions : hauts fonctionnaires promoteurs, magnat machiavélique du béton. De façon frappante, l’écriture esquive tout dialogue ou presque, préférant croquer avec ironie un monde caricaturalement réaliste.

    Citations

    Il ne restait plus alors qu’à achever l’homogénéisation du territoire à une échelle plus fine. On continua à lacérer la terre pour y glisser des autoroutes secondaires, comme à transformer les intersections dangereuses en ronds-points ou à poser, dans les blancs de la carte, des infrastructures susceptibles de générer une dynamique de repeuplement. On désenclava, raccorda, modernisa ; le pont de Normandie et le viaduc de Millau furent vécus comme des assomptions républicaines. (p. 23-24)

    On disait que le vieux Taulpin était une sorte d’anarchiste ou de libertarien, un chaînon manquant entre Bakounine et Buffett. Il était l’empereur incontesté du béton. Les écologistes le détestaient, la gauche voyait en lui l’incarnation du mal et même la droite le craignait. Il aurait détruit la terre entière si on l’avait laissé faire ; la quantité de béton qui avait été nécessaire à l’édification, par le groupe Taulpin, du barrage des Trois-Gorges, en Chine, aurait permis de construire tout autour de la Terre un mur continu de plus d’un mètre de haut. André Taulpin symbolisait le Nord, méprisant et destructeur. Il avait défiguré plusieurs capitales africaines, rasé des quartiers populaires en Amérique latine, déplacé à lui seul plus de terre que toutes les civilisations disparues. Les conséquences humaines et écologiques de ses activités étaient effrayantes. Des villes entières avaient été englouties, des espèces protégées anéanties, des milliers d’hectares de terres arables artificialisés à jamais. (p. 191-192)

    Mots-clefs

    anthropocène / argent / France / ruralité / terre / transports / campagne / responsabilité humaine

     

     

    Fiche réalisée par Bertrand GUEST                                   

     

    Catégorie générique

    Roman