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EcoLitt, le projet de recherche sur l'écologie en littérature


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    Anne Hébert - Les Fous de Bassan

    Anne Hébert - Les Fous de Bassan

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    Les Fous de Bassan

    Références de l'ouvrage

    HÉBERT, Anne, Les fous de Bassan, Collection Points, Éditions du Seuil, Paris, 1982, 248 pages.

    L’auteur

    Anne Hébert [1916-2000] est une auteure québécoise. Si elle écrit d’abord des poèmes, des pièces de théâtre et des nouvelles, elle se tourne vers l’écriture de romans après son installation en France en 1965. Son cinquième roman, Les fous de Bassan, lui vaut de remporter le Prix Femina en 1982. Elle reçoit de nombreux prix et distinctions pour sa riche carrière et son talent littéraire (elle est notamment élue membre de la Société Royale du Canada en 1960). Elle retourne vivre au Québec quelques années avant sa mort.

    Résumé

    Dans le petit village fictif de Griffin Creek, au Québec, Olivia et Nora Atkins, deux adolescentes (17 et 15 ans), disparaissent le soir du 31 août 1936. Le roman fait s’entrecouper des voix qui permettent à l’intrigue de se révéler progressivement. Les personnages qui s’expriment sont les habitants du village dont l’existence est saturée de drames, de violence et de regrets. Deux des voix du roman sont prêtées aux défuntes Nora et Olivia, devenue « Olivia de la haute mer », dont l’esprit désire quitter définitivement le rivage où le drame a eu lieu. La polyphonie fait longtemps planer le mystère sur les circonstances de la mort des deux jeunes femmes. On apprend finalement que c’est Stevens Brown, leur cousin âgé alors de 20 ans, enfant battu puis rescapé de guerre, qui les a assassinées, emporté par une rage incontrôlable.

    Ce roman campe une atmosphère pesante où émerge un sentiment de déréliction éprouvé par une communauté lassée de son huis-clos. Avec l’effritement de l’unité collective disparaît une généalogie du village, les traditions de ce qui fut mais ne peut plus être. Pour les derniers habitants de Griffin Creek, la vie au village a des airs de purgatoire (« Nous sommes ensemble, liés les uns aux autres, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que passe la figure du monde. » p.48, Révérend Jones)

    La présence de la question environnementale dans le texte :

    Les thèmes écologiques sont-ils centraux ou marginaux dans le texte ?

    Le roman ne présente pas de thème écologique au sens d’une problématisation de notre rapport à l’environnement. Cependant, les éléments naturels y sont représentés comme puissants, potentiellement hostiles, et comme pouvant influencer les personnages dans leurs actions. Le motif de la mer est notamment présent, ainsi que celui de la tempête. Le soir du meurtre, la rage de Stevens est par exemple vécue par lui comme une tempête ravageuse, alors que les autres habitants évoquent une nuit calme. L’interférence des phénomènes naturels dans le comportement des personnages fait de la nature une force agissante dont l’emprise sur le récit est importante.

    Le fou de Bassan révèle une forte symbolique dans le roman : il évoque à la fois la folie qui s’empare des hommes, mais également l’aspect inquiétant et imprévisible de l’oiseau prédateur qui guette longtemps avant de se précipiter sur sa proie. Le cri déchirant de l’oiseau, évoqué à plusieurs reprises, semble porter la voix des cris humains restés à jamais silencieux.

     Les événements liés à l’écologie sont-ils réels ou imaginaires ?

    Les événements du roman sont fictifs. Les manifestations naturelles évoquées relèvent de l’ordinaire, c’est le caractère dramatique de l’enquête qui confère aux éléments naturels une charge émotionnelle particulière.

    Le texte et/ou les images font-ils apparaître des personnages assimilables à des figures typiques en lien avec l’écologie ?

    Les personnages du roman sont soumis à une caractérisation liée à leur sexe. Les hommes sont définis par leur violence : « […] les hommes de ce pays ont toujours l’air de vouloir tuer quelque créature vivante. » (p.40). Ils incarnent la figure de l’homme destructeur et du prédateur. Les femmes du roman, en revanche, montrent une proximité avec le motif aquatique. Par exemple, Félicity Jones, la grand-mère des deux adolescentes, « règne sur la mer. […] On dirait une méduse géante. » (p.35). Elles incarnent plus généralement une affinité avec les éléments naturels.

    Citations

    « Dans toute cette histoire il faudrait tenir compte du vent, de la présence du vent, de sa voix lancinante dans nos oreilles, de son haleine salée sur nos lèvres. Pas un geste d’homme ou de femme, dans ce pays, qui ne soit accompagné par le vent. Cheveux, robes, chemises, pantalons claquent dans le vent sur des corps nus. Le souffle marin pénètre nos vêtements, découvre nos poitrines givrées de sel. Nos âmes poreuses sont traversées de part en part. Le vent a toujours soufflé trop fort ici et ce qui est arrivé n’a été possible qu’à cause du vent qui entête et rend fou. » (p.26, Révérend Jones).

    « Très loin, la ligne d’horizon, le regard s’épuise à la chercher, ne fait pas de ricochets, se perd en route, sur la surface de l’eau, s’abîme dans le rêve, avant même d’avoir franchi l’espace immense. Ici c’est la même fuite, face à l’étendue marine, la même perte du regard, saisi par le songe, en cours de route. Extase certaine. Mais la rive nous retient davantage avec ses rochers rouges ou marron, gris, ses montagnes austères, appelées mornes, comme des personnes désagréables, ses petits sapins drus, un sur cinq, rouge et desséché, les morts non ramassés, tenus serrés par les vivants, debout, rouges et desséchés entre les vivants verts et noirs, la folle vie végétale, robuste, respirant contre les morts, les tenant debout, entre les vivants, ne pouvant pas s’en débarrasser, n’ayant pas le temps, trop engagée dans la puissante occupation de vivre, de croître et de pousser dans un sol pauvre où la vie est un défi et une victoire. » (p.59, Stevens Brown)

    « Légère comme une bulle, écume de mer salée, plus rapide que la pensée, plus agile que le songe, je quitte la grève de mon enfance et les mémoires obscures de ma vie ancienne. Pareille à quelque oiseau de mer, mollement balancée entre deux vagues, je regarde l’étendue de l’eau, à perte de vue, se gonfler, se distendre comme le ventre d’une femme sous la poussée de son fruit. » (p.204, Olivia).

    Mots-clefs

    village / mer / vent / tempête / éléments naturels / oiseaux / meurtre

     

    Fiche réalisée par Anaïs BOULARD

    Catégorie générique

    Roman